Anthony Almeida (né à 1921 à Dar-es-Salaam) est un architecte tanzanien qui a produit de nombreux bâtiments remarquables au cours des cinquante dernières années.
Almeida fit ses études à Bombay et obtint son diplôme d'architecte en 1948, à JJ School of Architecture. Ses études furent gênées par la campagne de désobéissance civile, durant la lutte pour l'indépendance. L'un des projets sur lesquels il travailla en Inde était un pandal, structure temporaire en bambou de 158,5 mètres de diamètre, qui abrita la première réunion du Parti du Congrès après l'indépendance.
À la mort de son père, en 1948, il dut retourner à Dar-es-Salaam pour se charger de la société de commerce et de la plantation de noix de coco, appartenant à sa famille. Au lieu de cela, il décida de travailler en tant qu'architecte.
Durant cette période, il n'y avait que deux cabinets d'architectes en Tanzanie, des succursales de sociétés britanniques. Almeida, premier architecte tanzanien diplômé, n'avait pas sa place dans ces cabinets ; il dut accepter un poste de concepteur dans une société d'ingénieurs.
Cependant, seulement deux ans après son retour à Dar-es-Salaam, où Almeida réussit à fonder son propre cabinet d'architectes, la première société d'architectes tanzanienne possédée et gérée localement inscrite au RIBA (Institut royal des architectes britanniques). Durant les premières années, il dut lutter âprement pour faire accepter l'idée qu'un architecte autochtone puisse réussir dans la profession d'architecte.
Toutefois, Anthony Almeida fut non seulement le premier architecte tanzanien, mais aussi l'un des premiers à introduire l'architecture moderniste dans ce qui était alors le protectorat du Tanganyika.
Les bâtiments publics, administratifs et résidentiels de Dar-es-Salaam des années 1940 et 1950 étaient encore construits dans un style colonial typique, avec des toits élargis recouverts de tuiles de Mangalore, avec de grands avant-toits, des vérandas, des murs blanchis à la chaux et des fenêtres à montants en bois sombre teinté. Les bâtiments créés par la communauté des commerçants indiens de classe moyenne étaient de style art déco tropical plâtré et les Tanzaniens autochtones construisaient en clayonnage enduit de torchis et en feuilles de tôle ondulée.
Dans cet environnement, les bâtiments d’Anthony Almeida, avec leur toit plat, leur structure en béton aux couleurs fraîches et leurs fenêtres à montants en acier étaient une nouveauté. Lorsqu'il présenta ses plans pour l'école primaire St Xavier (1954) au directeur de l'éducation, pour qu'il les approuve, cet officier colonial remarqua : « Tiens donc, qu'avons-nous ici : un avion ? ».
Cependant, à partir de cette période, Almeida réussit à convaincre ses clients et l'administration de la valeur de son approche et de la qualité de son travail. C'est durant les sept dernières années d'administration coloniale et les quinze premières années de l'indépendance qu’Almeida réalisa un nombre impressionnant de projets de haute qualité et de grande renommée tels que l’Institut Goan (1958), la Résidence Almeida (1962), la Bibliothèque centrale (1968), le Siège social de NIC (1970) et le Tribunal d'instance de Dar-es-Salaam (1972).
Tous ces bâtiments démontrèrent la capacité d’Almeida à produire des œuvres personnalisées et contextuelles d'architecture moderniste. La Joint Christian Chapel (1975) de l'Université de Dar-es-Salaam peut être considérée comme un cap important dans la carrière d’Almeida. Ce bâtiment sculptural remarquable, avec son toit flottant audacieux en béton, marque la synthèse équilibrée de la participation d’Almeida au développement de l'architecture moderniste avec le « structuralisme brutal » contemporain et son attachement au contexte local culturel et climatique.
Après la Joint Christian Chapel, Almeida créa d'une façon plus inspirée par l'histoire, qui semble s'éloigner de la tradition moderniste. Toutefois, jusqu'à ses œuvres les plus récentes, ses bâtiments traduisent sa maîtrise d'un agencement optimal d'un point de vue fonctionnel et climatique, ainsi que du soin qu'il apporte aux détails. Bien que, à partir du début des années 1990, il soit retourné à une expression plus vernaculaire de ces bâtiments, son attachement à la philosophie et aux principes modernistes de la conception reste intact.
Hormis ses activités architecturales, Anthony Almeida fut actif sur d'autres fronts. Depuis l'époque de ses études en Inde, il produit des dessins pour divers journaux, afin de traduire son point de vue sur les développements en Inde, en Tanzanie et dans le reste du monde. Il remporta plusieurs prix en tant que photographe.
Il est toujours actif dans le domaine de l'architecture et continue à produire des dessins, tout en participant sans crainte aux débats sur le développement du paysage urbain et du patrimoine architectural.